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lundi 15 mars 2004
François de Grivel : « Nous avons besoin de cette connaissance internationale »

Phonethik : Pouvez-vous nous tracer la carte économique de l’Ile Maurice ?

François de Grivel : L’Ile Maurice s’est développée de façon dynamique à partir des années 80-90. Des activités dites de « zones franches » se sont développées pour changer notre économie de base qui était l’agro-industrie [canne à sucre, ndlr]. Il s’agit des secteurs manufacturiers, textiles et non textiles. Dans les années 90-2000, le tourisme a lui aussi été très dynamique. L’Ile Maurice est connue pour cette activité. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’elle représente 600 millions d’euros alors que l’activité manufacturière représente 1,1 Milliard d’euros de chiffres d’affaires. Dans son ensemble, Maurice est reconnu comme une destination de qualité. Le pays tient à proposer des produits moyens et hauts de gamme. Par exemple, une partie de la production textile est aujourd’hui délocalisée à Madagascar. L’Ile Maurice a, pour sa part, conservé une activité orientée haut de gamme. Ce qui est la même chose pour l’activité manufacturière dans son ensemble.

Le Gouvernement fait de l’accueil des nouvelles technologies une priorité. Notamment dans le domaine des centres d’appels. Quel est selon vous le potentiel de l’île sur ce type d’investissements ?

Pour commencer, l’Ile Maurice a un avantage linguistique évident avec une population bilingue [anglais, français, ndlr]. Ce qui est très important. Le pays occupe également une position idéale. C’est un « hub » pour permettre à l’Inde d’investir en Afrique. D’autre part, les secteurs public et privé ont les mêmes objectifs concernant l’accueil de sociétés de nouvelles technologies. Ils souhaitent que les investissements européens s’établissent ici afin de bénéficier des compétences et du coût de la main d’œuvre. Ils travaillent ensemble. Bien entendu, nous ne pouvons être euphoriques dans tous les domaines. Il nous faut de la formation. Aujourd’hui, elle est dispensée par les institutions nationales [IVTB, ndlr]. Elle est réalisée pour les profils centres d’appels et toutes les fonctions de Business Process Outsourcing (BPO).

Les jeunes mauriciens peuvent-ils trouver une réelle « employabilité » dans ce type d’activité ?

Aujourd’hui, les jeunes mauriciens ont le désir d’aller vers ce nouveau type de travail. C’est une tendance qui voit les activités dites « bureautiques » se développer. Dans les prochaines années, je pense que l’Ile Maurice risque de perdre des emplois dans le secteur manufacturier, textile compris. Il y aura donc des emplois à créer. Encore une fois, cela ne se fera pas du jour au lendemain. Il faut tabler sur cinq à dix ans. Chaque année, entre 5 et 7 000 jeunes se retrouvent sur le marché du travail. C’est pourquoi, il est nécessaire d’augmenter le nombre d’emploi dans le domaine des nouvelles technologies. Nous sommes un petit pays avec 1,2 millions d’habitants. Nous sommes capables de créer facilement 10 voire 20 000 emplois dans les 5 à 10 ans. Peut-être plus vite que ça. Nous avons une stabilité politique réelle. Il y a une bonne gouvernance entre les secteurs public et privé. Ce qui est crée un climat favorable aux investissements dans le pays.

Pourquoi avez-vous investi dans VLines Mauritius ?

D’une part, pour changer mes activités de base [horlogerie, bijouterie, textile, etc., ndlr]. D’autre part, j’ai trouvé dans le Groupe Victoria un partenaire qui avait déjà étudié les possibilités d’investir à l’Ile Maurice. Nous nous sommes rendus compte, à l’issue d’un premier tour de table, que nous avions des intérêts communs. La décision de créer cette activité ensemble a été prise en juin 2003. Nous avons commencé la production au mois d’octobre suivant. J’estime que c’est une très bonne orientation. Nous, Mauriciens, ne connaissons pas tout. Nous n’avons pas la prétention de tout savoir. C’est pourquoi, il est essentiel d’avoir un partenaire. Nous avons besoin de cette connaissance internationale.

Quel regard portez-vous sur l’activité des centres d’appels ?

Tout d’abord, c’est un changement pour moi. J’ai estimé que c’était une orientation nécessaire. En ce qui concerne VLines Mauritius, la société est extrêmement dynamique. En six mois nous avons recruté 110 personnes. Elles travaillent actuellement avec des plages horaires françaises [de 14 à 23h localement pour du 11 à 20 h en France, ndlr]. Cette activité a amené d’autres compagnies mauriciennes ou mauriciano-françaises à s’établir ici. Aujourd’hui, il y a environ 1300 emplois dans les centres d’appels. La tendance, je pense, pourrait aller dans les 12 prochains mois vers, approximativement, 3000 emplois. L’objectif est de créer le climat favorable pour que les entreprises restent indépendantes et contribuent à la création d’emploi dans le pays.



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